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28/03/2012

LE RÊVE D’ UN DIPLOMATE HOLLANDAIS (9)

 

 

L’an dernier, lors du Congrès International de l’IASD en Hollande, je cherche dans le dédale des couloirs la salle où a lieu le symposium sur : « l’influence des émotions sur le contenu du rêve ». Plusieurs célébrités de l’IASD y interviennent.

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Je me retrouve assise, et je m’aperçois que le premier conférencier n’est pas l’éminent psychiatre annoncé mais une conférencière inconnue : elle relate les expériences où le rêveur entend une voix parler dans ses rêves. Son étude me passionne immédiatement et je décide donc de rester à ma place.

Et que je suis heureuse ! Dans ce symposium, les conférenciers viennent raconter comment un rêve a fait basculé leur vie.

 

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Ce ne sont plus des théories, des systèmes, voilà des faits concrets, des témoignages vécus, vivants, vrais.

Aujourd’hui, en cette période de Pâques, le moment est venu de vous présenter l’un de ces témoignages : celui du diplomate hollandais Mr Edy Korthals Altes.

Pour comprendre ce rêve, il est nécessaire d’abord de le replacer dans son contexte historique des années 1980, à l’époque de la guerre froide.

 

Le contexte historique : la Guerre froide

Cette expression désigne la période qui va de la fin de la Deuxième Guerre mondiale jusqu'à la chute du mur de Berlin en 1989.

La Grande-Alliance entre les États-Unis et l'URSS contre les nazis n'a pas résisté longtemps. 1947 marque le début de la formation des blocs Ouest et Est autour des deux superpuissances, dont les systèmes socio-économiques sont incompatibles : l’idéologie capitalisme libérale des Etats-Unis s’oppose à l’idéologie marxiste-léniniste de l’URSS.

 

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Dès le XIXe siècle, le penseur politique, historien et sociologue, Alexis de Tocqueville, avait prédit cette situation. Il expliquait que les États-Unis et la Russie impériale avaient tous deux vocation à devenir des empires à l’échelle mondiale au XXème siècle ; alors, dès qu’ils entreraient en contact, ils s’opposeraient pour la domination globale.

 

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La division du monde entre l’Ouest et l’Est en serait la conséquence.

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Tocqueville a vu juste et les marques historiques, tristement célèbres, en sont le mur de Berlin et le rideau de fer en fils électrifiés, qui ont déchiré l’Allemagne à cette période, de 1961 à 1989.

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Un conflit implicite règne donc sur le monde marqué par une rivalité et un affrontement permanent, ce qui ne mène pourtant pas à une guerre générale. La guerre froide est une « paix belliqueuse et une guerre limitée ».

Les deux camps évitent les affrontements directs qui auraient conduit à l’usage de la bombe atomique. La peur réelle de cette arme a marqué la fin du XXème siècle où a régné « l’équilibre de la terreur ».

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Mais les deux camps pratiquent la guerre froide de façon indirecte dans des guerres régionales et ponctuelles, -Corée, Vietnam, Afghanistan-, et surtout  dans la course aux armements.

Dans les années 80 on comptait pour les deux camps réunis jusqu’à 70.000 armes nucléaires plus ou moins en « alerte imminente »

En 1983, Reagan propose un programme de défense « Star Wars » pour protéger des attaques de missiles soviétiques. Ce projet revient en fait à préparer une Guerre dans l’Espace.

 

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Le conflit d’Edy Korthals Altes

C’est à ce moment là que le diplomate se trouve déchiré par une grave crise de conscience :

En tant qu’Ambassadeur de la Hollande en Espagne, il se doit d’adhérer à la politique de son pays. Mais dans son âme et conscience il en est venu à s’y opposer personnellement. Pour lui une question cruciale s’impose :

« - Qu’est-ce que je peux faire, moi, en tant qu’individu ?

Il lui est en effet impossible de se débarrasser du problème humain sous prétexte de loyauté envers son gouvernement.

Et il explique  :

« - En ce qui nous concerne, après tout, nous ne sommes pas des marionnettes, mais des êtres humains, pleinement responsables de nos actions et de nos omissions et ce, devant Dieu et devant nos semblables. »

La responsabilité personnelle, voilà le problème qui le poursuit.

 

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Ce conflit le tourmente pendant de longs mois, lorsque tout d’un coup un rêve intense et cohérent lui vient dans la nuit du 29 au 30 septembre 1984.

 

Le rêve qui a changé ma vie.

Je voyais beaucoup de monde sur une place devant une église.  L’église était pleine.  Tout d’abord je ne voulais pas y entrer jusqu’à ce qu’une dame âgée me prenne par la main et me montre un siège libre dans une des premières rangées sur la gauche.  Une grande croix en bois s’étendait au dessus de l’autel. 

À ma grande surprise de la sciure de bois tombait de cette croix. ( Cela symbolisait-il la crise intérieure que vivait une église centrée sur elle-même ? )

Pendant que je regardais la croix, je me sentis envahi par une intense compassion pour le Christ souffrant (expérience inhabituelle pour moi en tant que Protestant).  Exactement au même instant j’ai vu les yeux VIVANTS du Christ qui me posaient la question qui correspondait à ma situation :

 

« Et toi, qu’est-ce que tu fais avec tes possibilités, avec ce que tu sais, dans cette période cruciale ? »

 

Ce face à face direct avec le Christ souffrant, vivant, fut une expérience fulgurante, impossible à décrire !

 

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Tout d’un coup la situation changea : je discutais avec un dirigeant, je ne distinguais pas bien son visage.  Avec une certaine emphase je lui parlais de la foi et de la vie.  Il m’écoutait à peine.  Soudain il me tendit deux livres et me dit : 

« - Tenez, lisez-les, ils parlent de la paix, c’est très important actuellement ! »

Je m’écriai :

- La paix et la justice sociale, actuellement ! Mais c’est exactement ce qui m’intéresse si profondément. Je cherche comment je pourrais agir dans ce domaine de façon appropriée.  

L’homme me regarda d’un air très déterminé et me lança :

- Faites en sorte d’être prêt pour 1982 ! 

- Mais nous sommes maintenant en 1984, lui dis-je avec surprise : 

Sa réplique fut abrupte et catégorique :

- Vous devez être prêt fin 85, vous commencerez en 86 ! »

 

Je me réveillai avec sentiment d’intense soulagement.  Mon conflit intérieur était terminé.  Je savais qu’il fallait que je prenne position.

 

Conséquences

Tout un processus se met alors en route qui finit par libérer Mr Korthals Altes de ses fonctions et lui permet d’accepter de nouvelles responsabilités. 

 

Un travail intérieur

Cependant sur le chemin de la liberté, il y a de sérieux obstacles. Il n’est  pas question pour lui d’abandonner ses devoirs et responsabilités à court terme. De surcroît, trois raisonnements le bloquent et il lui faut les dépasser :

Il se dit :

« 1) Mon inquiétude est peut-être juste mais mon analyse est fausse.                                                        

   2) Pourquoi ne pas attendre encore 4 ans jusqu’à la retraite ? Je pourrais m’éviter beaucoup de difficultés.

   3) Je fais preuve d’une incroyable prétention en m’imaginant que moi, en tant qu’individu, je puisse avoir la moindre influence sur un problème aussi vaste et aussi complexe.

 

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Que peut donc espérer une personne seule, en face des forces énormes qui contrôlent la folle (en anglais : mad) course aux armements ? »

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Cependant, Mr Korthals Altes a conscience qu’il n’est pas tout seul à protester. Il sait que des millions de personnes se sont engagées comme lui contre cette folie. Il y a même quelques politiciens et militaires à la retraite.

Mais deux forces le soutiennent avant tout : c’est son rêve et la prière, qui le nourrissent quotidiennement.

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Pour lui, que le Christ soit vivant, ce n’est pas seulement une idée intellectuelle, c’est une expérience qui se vit, se manifeste quand on obéit à l’appel du moment. Comment vivre dissocié en deux parties : avec d’un côté la partie privée de la personnalité qui cultive la relation avec Dieu, et de l’autre, la partie occupée dans la fonction extérieure, qui obéit à d’autres valeurs ? C’est impossible !

La Vérité Ultime concerne la personne toute entière.

 

Le travail intérieur est inséparable de la mise en application du rêve où le Christ pose la question :

« Et toi, qu’est-ce que tu fais avec tes possibilités, avec ce que tu sais, dans cette période cruciale ? »

 

Le travail extérieur

Mr Korthals Altes donne sa démission, non seulement parce qu’il est en conflit avec son Ministre et son gouvernement, mais surtout parce qu’il veut être libre de travailler à un concept de sécurité plus adéquat.

Il se met alors au service de la paix et de la justice et s’engage dans un ensemble d’activités tant au niveau national qu’international. La plupart de celles-ci ont lieu dans le contexte du Mouvement Pugwash(1), du conseil des Églises de Hollande et du regroupement mondial des Religions pour la Paix.

De nombreux articles, des conférence et cinq livres ont suivi.

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Laissons Mr Korthals Altes conclure par trois observations :

1)      C’est avec une profonde gratitude que je revois le rêve qui a changé ma vie.  Pour la première fois j’ai compris l’essence de ces paroles de Jésus : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. »  

Plutôt tardivement, j’ai découvert que cette vérité devient une réalité vécue quand nous suivons le chemin que nous devons suivre, quand nous sommes fidèles à notre vocation. 

C’est là que nous recevons la Vie, quand nous acceptons les défis, quand nous nous tenons enfin debout sur nos propres pieds !

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« Cœur et âme pour l’Europe » 

 

2)   J’étais pris dans un conflit : soit j’étais loyal envers mon gouvernement, soit j’étais loyal envers moi-même et mon rêve. Je dois admettre que je n’aurais jamais résolu ce conflit si je m’étais fié à des normes idéales et des principes abstraits. Non, c’est cette confrontation concrète directe dans mon rêve, c’est cette expérience vécue -en face à face avec le Christ- qui a galvanisé ma foi, qui m’a fondé à m’opposer publiquement à la course à l’armement.

 

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« Eveil Spirituel, La clé secrète pour la Paix et la Sécurité »

 

3)      La question que mon rêve me pose à juste propos ne m’est pas adressée à moi seulement. Elle s’adresse également à tous les êtres humains.  Dans son essence c’est la question posée dans le livre de la Genèse, quand Dieu demande à Adam

« Où es-tu ? »

C’est une question hautement pertinente en ce temps de crise. Elle vaut pour les politiciens et les diplomates, et tous ceux qui sont en position d’autorité.  Dans ces temps critiques, nous sommes tous invités à être là, présents, et nous lever pour sauvegarder les valeurs humaines dans un monde plus juste et plus paisible. 

Nous devons prendre en charge cette responsabilité, et nous y sommes amenés inévitablement, je pense, si, dans le respect et l’obéissance, nous nous inclinons devant l’Ultime Réalité.

 

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Je remercie Mr Korthals Altes d’avoir accepté de me communiquer le récit de son expérience, tel qu’il l’a exposé lors de sa conférence à Rolduc en 2011.

 

 

(1) Mouvement Pugwash

En pleine guerre froide et en plein développement des armes atomiques, dans une période où se multiplient les essais nucléaires dans l'atmosphère, Joseph Rotblat Bertrand Russel et Albert Einstein lancent le 9 juillet 1955 le manifeste qui porte leur nom. Dans ce « manifeste Russel-Einstein », prenant acte du danger de destruction de l'humanité au cours d'une guerre nucléaire, le philosophe et le physicien, invitent les scientifiques du monde entier et le grand public à souscrire à la déclaration suivante :

 

"Sachant que dans n'importe quelle guerre mondiale future, des armes nucléaires seront certainement employées et que ces armes mettent en péril la survie de l'humanité, nous exhortons les gouvernements du monde à comprendre et à reconnaître publiquement qu'ils ne sauraient atteindre leurs objectifs par une guerre mondiale et, en conséquence, nous les exhortons à trouver les moyens de résoudre pacifiquement leurs désaccords".

 

Depuis les années 1970 notamment, le mouvement Pugwash a étendu son domaine d'activités.

Il a pour objectif de

- prévenir le développement et le commerce des armements chimiques et bactériologiques et des mines antipersonnel,

- chercher les moyens d'éviter les conflits armés,

- agir au sujet des modifications du climat, du développement du SIDA, du conflit du Cachemire, du développement durable...

Actuellement, les scientifiques ne jouent à l'intérieur de l'organisation qu'un rôle mineur et les Conférences réunissent surtout des spécialistes des sciences politiques, des armements et des diplomates. Il constitue un réseau de sources d'informations de première main en matière d'armements.

En 1995 Rotblat et le mouvement Pugwash reçoivent le prix Nobel de la Paix pour leurs efforts pour le désarmement nucléaire.

 

 

Bibliographie

Heart and soul for Europe, an essay on spiritual renewal, editions van Gorcum,1999.

 

Spiritual awakening :, The hidden key to peace and security, just and sustainable economics, a responsible European Union. Editions Peeters, 2008.

Edy Korthals Altes analyse de façon convaincante combien il est nécessaire pour notre société de transformer ses motivations, jusque dans ses fondements les plus profonds; il s’agit de replacer l’homme dans sa Réalité Ultime.

 

Illustrations :

Je remercie les artistes et les photographes dont les œuvres m’ont permis d’illustrer mon blog.

Couloir  dans l’abbaye de Rolduc

Chavirement du catamaran Oracle : lesdessous du sport.fr

Guerre froide : for-pro.com

Alexis de Tocqueville

Mur de Berlin : arne-steinbrecher.de

Rideau de fer : omnilogie.fr

Equilibre de la terreur :

Explosion de la bombe atomique américaine «  Opération Castle » en 1954, avec une puissance de 15 mégatonnes : lethist.lautre.net

Explosion de la «  Tsar Bomba » soviétique de 100 mégatonnes, la plus forte charge nucléaire de tous les temps : lethis.lautre.net

Bombardement : lesmoutonsenrages.worldpress.com

Mr Edy Korthals Altes : klokkenluideronline.nl

Les yeux du Christ : ephese.fr

M.A.D. : lethist.lautre.net

Vision de l’artiste anglais William Blake

Conférence mondiale des Religions pour la Paix : alqalam.com

Livres de Mr Korthals Altes : « Cœur et âme pour l’Europe » et « Eveil Spirituel ».

Edy Korhals Altes : nieuwsblog.nl

 

19/03/2012

LES RÊVES D' UN GENERAL AHURISSANT (8)

 

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Toujours suivant mon sujet, je vous propose aujourd'hui de découvrir comment un rêve guida le général Patton en 1944 pour repousser les armées allemandes.

Nous sommes fin 1944, les Allemands reculent sous la pression des armées alliées libérant la France, commandées du côté américain par le général George Patton.

A la fin de l’année, les troupes américaines se trouvent dans l’Est de la France, en Belgique, et au Luxembourg et s’apprêtent à entrer en Allemagne.

En décembre 1944, Hitler décide alors de reprendre l’offensive. Il prévoit d'enfoncer le front allié en son maillon le plus faible, dans les Ardennes, et, but suprême de l'opération, de monter prendre Anvers au nord. Coupés du port belge, les Alliés se retrouveraient privés de leur principal point de ravitaillement qui leur assure leur formidable machine de guerre.

 

Sur la carte ci-dessous vous voyez en ligne bleu hachurée le front américain vers le 9 décembre 44.

En lignes rouges, vous voyez les mouvements prévus des forces allemandes, qui, pour monter vers Anvers, doivent crever le front américain.

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Milieu décembre, les Allemands, dans le plus grand secret, se déploient alors la nuit, sur la Belgique, le Luxembourg et le nord-est de la France. Personne n’est au courant, les Alliés ignorent totalement l’opération.

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La ligne noire qui borde la zone allemande rouge représente le front américain le 15 décembre 1944.

Les flèches rouges représentent l’attaque des armées allemandes qui vont réussir à faire reculer les lignes américaines.

Le 16 décembre l’armée allemande a concentré 250.000 hommes sur le point dégarni des armées alliées entre la Belgique et le Luxembourg. 

Alors commence la Bataille des Ardennes, qui sera la plus grande, la plus terrible  bataille d’Europe, dont beaucoup de Français n'ont jamais entendu parler.

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Trois jours plus tard, le 19 décembre, le général  Eisenhower, resté jusqu’alors inconscient du danger, prend enfin la mesure de la situation.  Très inquiet il réunit tous les commandants des armées pour décider comment répondre à l’offensive allemande.

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7 généraux sont là et de nombreux officiers. Eisenhower veut envoyer des renforts pour aller soutenir les troupes en position de faiblesse dans la partie appelée « le saillant ». Voici une carte pour vous permettre de bien comprendre la situation et les forces déployées.

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En bleu : les lignes américaines

En rouge, les attaques allemandes

- la ligne bleu hachurée indique les positions américaines en France, Belgique et Luxembourg

- le saillant : la ligne bleue sur la gauche, qui ressemble au nez de Cyrano, trace le recul des troupes américaines dans les Ardennes. C’est la ligne de moindre résistance qui ne doit pas se rompre.

- les flèches rouges montrent les avancées de l’offensive allemande formant le saillant.

 

Pour contre-attaquer, Eisenhower décide de déplacer des centaines de milliers d’hommes, les uns venant du Nord, les autres du Sud. Ils viendront renforcer les forces américaines affaiblies dans le saillant.

Dans le Sud est engagée la Troisième Armée, qui prépare l'offensive sur Francfort. Elle est commandée par le général Patton.

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Eisenhower demande à Patton le temps qu’il lui faudra pour déplacer six de ses divisions.  

- Mes troupes seront sur place dans 2 jours, le 21 décembre, répond Patton. 

Les généraux, habitués aux déclarations fracassantes de l’excentrique général « rigolent » un peu car le délai leur semble complètement irréaliste. Pour eux, 6 jours sont le minimum.

Eisenhower, stupéfait, s’exclame :

- George, ne fais pas l’imbécile, tes divisions ne seront jamais prêtes, tu vas te faire couper en rondelles ! ».

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« Dans l'esprit des stratèges alliés, c'est en effet un pari insensé : il faut faire pivoter de 90 degrés l'axe d'attaque de tout un corps d'armé de 100 000 hommes, et le déplacer, au contact de l'ennemi, sur une distance de plus de 200 km, de la Sarre au Grand-Duché de Luxembourg. C’est pratiquement impossible, tant au niveau humain que logistique »*.

On est en plein hiver, les températures sont glaciales, la vue est bloquée par le brouillard, la pluie, la neige, on n’y voit pas à quelques mètres, les routes sont impraticables dans la boue et le verglas, les tanks patinent et n’avancent pas.

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Eisenhower, complètement incrédule, répète sa demande à Patton :

- Quand est-ce que tu peux lancer les opérations ?

- Dès que nous aurons fini notre conversation, répond le général de la troisième armée.

Patton se lève, quitte la salle, trouve un téléphone, entre en contact avec son état-major et prononce deux mots :

- Play ball, démarrez la partie !

C’est le code pour lancer les troupes. Et certaines sont déjà en route.

Patton a déjà prévu tout le déroulement des opérations et il a tout organisé : le dégagement du réseau routier, l’organisation des transports des soldats par véhicules, l’approvisionnement en essence, les ravitaillements, les munitions, la sécurité, et l’ordre de bataille.

La rapidité de la 3e Armée va se révéler surprenante.

Comme promis, en 48 heures, 133.000 véhicules parcourent environ 250 km, transportant environ 100.000 hommes et 62.000 tonnes de matériel.

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Et comme Patton l’avait annoncé, le 21 décembre 1944, les troupes sont sur place, prêtes à l’attaque. 

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Maintenant, des forces gigantesques sont en place  : 600.000 soldats américains, 500.000 soldats allemands, tous aussi valeureux les uns que les autres, vont s’affronter les jours suivants dans les Ardennes belgo-luxembourgeoises.

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Ce fut la plus grande, la plus sanglante et la plus héroïque bataille de la guerre en Europe.

80.000 soldats américains, 100 000 soldats allemands se sacrifièrent en cette fin d’année 1944.

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Hommage leur soit rendu.

Merci à ces soldats américains qui dans cette bataille des Ardennes ont donné leur vie pour notre liberté.

     

Un mois plus tard, le 15 janvier, les armées allemandes se replient, elles ont perdu la Bataille du Saillant.

 

Mais revenons au Général Patton.  

Une question intrigue :

Comment Patton a-t-il pu réussir son formidable exploit, unique dans l'histoire militaire ? Comment en-est-il venu à devancer son commandant en chef Eisenhower ?

Ce que les généraux américains ignorent le 19 décembre 44, ce qu’on ignore encore souvent, c’est que le général Patton vient d’écouter ses rêves et les inspirations qui sont venues le réveiller la nuit. 

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Ce fait est relaté par Ladislas Farago, le biographe de Patton.  

Alors qu’à partir du 16 décembre les troupes allemandes se concentrent pour préparer l’offensive, Patton  peu auparavant se réveille une nuit. Il fait appeler d’urgence son secrétaire, Rosevich, qui le trouve en train d’enfiler son uniforme sur son pyjama.

A la hâte, le général lui dicte immédiatement, point par point, les ordres des opérations pour contre- attaquer une offensive allemande.

Patton explique à Rosevich qu’à 3 heures du matin il s’est réveillé en sursaut, sans raison apparente. Il sait intensément à ce moment-là que l’offensive allemande va avoir lieu et il voit clairement toutes les images de la marche à suivre : les différentes opérations à mener, l’intendance, tout lui apparaît formulé à l’esprit. Dans la vie éveillée, au niveau conscient, il ignore complètement que l’ offensive allemande est  imminente.

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C’est donc dès avant le 16 décembre que Patton donne l’ordre à son état major de désengager des éléments de son armée de leur position dans la Sarre, pour monter au Nord attaquer par surprise les troupes allemandes dans les Ardennes.  Et ce, 3 jours avant que le général Eisenhower ne soit informé de la gravité de la situation et n'envisage la contre-offensive.

 

Le général Patton était fermement convaincu qu’il avait été un guerrier dans plusieurs incarnations précédentes. Il disait qu’il avait des facultés psychiques qui lui permettaient de deviner les intentions et les mouvements de l’ennemi, bien avant son service de renseignements. Il faisait attention à ses rêves et souvent, il avait appelé son secrétaire dans la nuit, pour lui dicter les plans d’opérations qui venaient de lui apparaître en rêve.

Ainsi, autrefois comme aujourd’hui, les rêves viennent toujours inspirer les chefs d’armées.

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Les rêves n'indiquent pas seulement comment conduire les armées, ils peuvent aussi appeler à la paix. C'est ce que nous verrons la prochaine fois. 

 

* Extrait du blog :jacqueline-deversaux.blogspot.com

 

Illustrations

 

Je remercie les photographes et les blogs qui m’ont permis d’illustrer mon article.

Patton : interet-general.info

Eisenhower : geh.org

Patton : wargodpatton.blogspot.com

Patton : smashhingusa.com

Hiver dans les Ardennes : panoramio.com

Transport dans la neige : jacqueline-deveraux.blogspot.com

Bastogne libérée : 3armyusa08.e-monsite.com

Patton :myspace.com

Mémorial américain dans les Ardennes

Mémorial allemand dans les Ardennes

Patton : hurletarage.com

Patton : wargodpatton.blogspot.com

Patton : ?

 

 

 

 

04/03/2012

LE RÊVE DE BISMARCK (7): APPROCHE CRITIQUE DE L'INTERPRETATION FREUDIENNE

Il y a bientôt un an, j’ai commencé l’étude des rêves célèbres de chefs politiques ou militaires.

Selon l’ordre chronologique, nous voici maintenant arrivé au XIXème siècle. Nous allons voir le rêve d’un homme puissant, qui a transformé l’histoire de l’Europe : Il s’agit de Bismarck, qui, pendant presque 30 ans, de 1862 à 1890, fut ministre président du royaume de Prusse ; il construisit l’unité allemande et devint chancelier de l’empire allemand en 1871.

 

Situons d’abord ce rêve dans son contexte historique :

 

Un peu d’histoire

Depuis le Moyen Age, le saint Empire Romain Germanique était constitué du Nord au Sud de pas moins 350 états.

Voici une carte du Saint Empire en 1648, qui montre cette multiplicité des royaumes, duchés, comté, baronnies.

 

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Napoléon 1er, dissout ce conglomérat gigantesque et construit la Confédération du Rhin, composée de 39 états, dont la Prusse et l’Autriche sont exclues.

 

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Il met ainsi en route le mouvement d’unification de l’Allemagne.

En 1815, après la chute de l’empereur, plusieurs états allemands s’unissent pour former la Confédération Allemande.

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En bleu turquoise le royaume de Prusse.

En jaune l’Empire autrichien

En différentes couleurs les autres états allemands formant la Confédération Allemande.

 

Au début des années 1860, l’Autriche et la Prusse s’affrontent en face de la Confédération. Le premier ministre prussien, Bismarck, veut développer l’importance de la Prusse et regrouper les états d’Allemagne du Nord sous sa direction, limitant ainsi le pouvoir de l’Autriche.

 

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Cette montée en puissance de la Prusse entraîne les plus graves tensions diplomatiques.

 

Bismarck dans ses mémoires reproduit une lettre qu’il écrivit le 18 décembre 1881 à l’empereur Guillaume.

« Ce que me dit votre Majesté m’encourage à lui raconter un rêve que j’eus au printemps de 1863, dans les jours les plus difficiles, alors que nul œil humain ne voyait d’issue possible".

 

Rêve

« Je rêvai, et je le racontai le lendemain matin à ma femme et à d’autres témoins, que je chevauchais sur un étroit sentier des Alpes.

 

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A droite l’abîme, à gauche les rochers ; le sentier devenait de plus en plus étroit, si bien que mon cheval refusait d’avancer et que le manque de place rendait impossible de revenir en arrière ou de mettre pied à terre ; alors je frappai la muraille du rocher de ma cravache que je tenais dans ma main gauche et j’appelai Dieu à mon aide ; la cravache s’allongea à l’infini, le mur du rocher s’écarta comme une coulisse et ouvrit un large chemin d’où on voyait des collines et des pays boisés comme en Bohême et des troupes prussiennes avec des drapeaux. »

En rêve je me demandais comment je pourrais prévenir rapidement votre Majesté. » 

 

Le rêve décrit de façon très précise les difficultés croissantes que rencontre l’homme d’Etat et qui le font aboutir à une impasse. Il lui indique aussi la solution : frapper le rocher de sa cravache qu’il tient dans la main.

Le rocher est l’obstacle infranchissable, et pourtant il s’ouvre.

Avec l’image de la cravache, le rêve montre à l’homme d’état qu’il détient l’autorité. En l’imposant de façon brutale, il pourra trouver la solution : brusquer la situation, prendre l’offensive, déclarer la guerre à l’Autriche, et envoyer son armée en Bohême, comme l’indique l’image des troupes prussiennes avec des drapeaux, promettant la victoire.

 

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Le rêve emploie une image étonnante : la cravache s’allonge à l’infini,

Que penser de cette expression « s’allonger à l’infini »?

 

Ce rêve est venu conseiller Bismarck en 1863. On sait, d’après l’expérience avérée des spécialistes de l’interprétation des rêves, qu’il faut environ deux ans et demi, avant qu’un élément, montré en rêve, ne se réalise concrètement dans le monde terrestre.  On constate ainsi qu’en 1866, 3 ans après le rêve, eut lieu entre la Prusse et l’Autriche la bataille de Sadowa en Bohême, comme le rêve l’avait montré.

La Prusse victorieuse annexa de nombreux Etats et forma autour d’elle la Confédération d’Allemagne du Nord. Bismarck réalisa son ambition d’unifier l’Allemagne, qui s’étendit désormais de la Sarre au Niemen.

 

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En bleu turquoise la Confédération d’Allemagne du Nord, sous la domination prussienne.

En mauve l’Allemagne du Sud, l’Autriche et les pays voisins.

 

L’Europe, sous le choc, fut frappée d’un coup de tonnerre et constata soudainement « l’expansion vertigineuse » de la Prusse, selon l’expression des historiens.

Ne serait-ce pas là ce qu’indiquait l’image de la cravache qui s’allonge à l’infini ?

Cette expansion vertigineuse concerne tout aussi bien le pouvoir que prend Bismarck dans le destin de l’Allemagne. Il fait preuve d’ «une incroyable puissance ».

 

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Il veut unifier les États du Sud à la Confédération du Nord et par là-même réaliser l'unification totale de l'Allemagne. En 1870 il mène la guerre victorieuse contre la France, ce qui conduit à réunir les Etats du Sud à ceux du Nord. Ainsi est accomplie l’unification de l’Allemagne sous la domination prussienne.

 

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En 1871 l’Empire allemand est proclamé dans la Galerie des Glaces du Château de Versailles.

 

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Bismarck apparaît comme le fondateur de l'Empire allemand, il en est l’homme le plus puissant.

En effet, il cumule plusieurs fonctions prépondérantes :

- Dans l'Empire, il est le Chancelier , appelé "le Chancelier de fer"; il est aussi le Président du Conseil Fédéral.

- Dans le royaume de Prusse, il est ministre-président et ministre des Affaires Etrangères.

 

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Pour ces raisons la volonté du chancelier prime en général sur celle de l'empereur.

En 1890 l’empereur Guillaume II, arrivant au pouvoir, ne s’y trompe pas : Il dit même« Il s’agit de la question suivante : dynastie Hohenzollern ou dynastie Bismarck.»

 

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Ce qu'annonçait le rêve s'est bien réalisé : la cravache, symbole de l'autorité, s'est allongée à l'infini, on ne peut dire jusqu'où elle s'étend.

 

Voyons maintenant

Une autre interprétation

Il me semble intéressant de vous faire connaître aussi une autre interprétation du rêve de Bismarck que donna l’ami de Freud, le Dr Hanns Sachs. Freud ratifia et publia cette interprétation dans son livre « L’interprétation des Rêves » (1) en 1899.

Après avoir montré avec beaucoup de justesse combien le début du rêve décrit l’impasse où se trouve Bismarck en 1863, Sachs effleure l’hypothèse d’un rêve prémonitoire qui cependant ne lui parait pas justifiée. Il interprète ce rêve selon la théorie freudienne, comme l’accomplissement d’un double désir :

D’une part ce rêve accomplirait le désir de Bismarck de mener une guerre victorieuse sur l’Autriche.

D’autre part, selon Sachs et Freud, le rêve de cet homme de 48 ans est la réalisation d’un désir très lointain, remontant à l’enfance, celui de se masturber, désir qui ne concerne pas la vie actuelle du rêveur mais son passé. Le rêve vient ainsi satisfaire un désir que l’enfant  Bismarck  aurait éprouvé environ 40 ans auparavant.

 

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Sachs écrit :

« La cravache, la canne, la lance et tous les objets de cette espèce sont des symboles phalliques courants ; mais quand cette cravache possède encore la propriété de s’étendre, particulière au phallus, aucun doute n’est plus possible. Le fait de prendre la cravache dans la main est une allusion très claire à la masturbation. Il ne s’agit évidemment pas de la vie actuelle du rêveur, mais d’un désir d’enfance très lointain…. Nous avons ici un exemple type de déformation du rêve parfaitement réussie. L’inconvenant a été retouché.. .C’est un cas idéal d’accomplissement de désir réussi sans que la censure en souffre. »

 

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Vous pourrez lire cette analyse in extenso, en allant sur le lien :

didel.script.univ-paris-diderot.fr/claroline/.../download.php?url...

 

A la première lecture on semble séduit : l’étude paraît subtile. A la réflexion, elle se révèle élucubrée. Les affirmations sont gratuites et s’appuient sur des phrases du genre : « Nous pouvons aisément admettre que… ». La démonstration compliquée ne repose sur aucun fait vérifiable.

Qu’est-ce donc qui permet, entre autres choses, d’affirmer que le jeune Bismarck a refoulé son désir de se masturber ? Mais qu’en sait-on ?

Quant à un pénis, comment prétendre qu’il s’allonge à l’infini ?

Et qu’est-ce qui permet d'établir la comparaison entre une cravache, une lance, une canne et le membre viril ? En quoi la métaphore est-elle démontrée, justifiée ?

Ne trouvez-vous pas que ce sont là des "équivalences symboliques extravagantes"* ?

Cette interprétation ne serait-elle pas un exemple d' "affabulation freudienne", comme le dénonce le titre du livre du philosophe Michel Onfray ? (2)

 

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Mais revenons au rêve pour conclure :

Bismarck, en recevant ce rêve, a fait la même expérience que connaissaient déjà les hommes politiques à travers les âges. Je ne peux pas tout citer, je me suis limitée aux exemples de Gédéon, Alexandre, César. Il en existe bien d’autres. Ces hommes tenaient compte de leurs rêves pour prendre leurs décisions.

 

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La prochaine fois, nous verrons comment le général Patton, chef des armées américaines qui libérèrent la France, reçut un rêve qui le mena à la victoire.

 

* "équivalences symboliques extravagantes" : l'expression est de Michel Onfray.

 

Bibliographie :

(1) "L’interprétation des rêves" de Freud, 1899, p. 325 et suivantes

(2) "Le crépuscule d'une idole, l'affabulation freudienne", Michel Onfray, éditions Grasset.

 

 

Illustrations

Je remercie les artistes dont les œuvres m’ont permis d’illustrer mon blog.

Chemin dans les Alpes : pierre.chaumeil.pagesperso-orange.fr

Sadowa :rights.bellona.pl ; Ouvrage de Ryszard Dzieszynski : Sadowa 1866

Bismarck dans son bureau en 1886 : de.wikipedia.org

Bismarck chancelier : born-today.com

Guillaume 1er et Bismarck : histoiresincroyables.odigale.fr

Bismarck à 11 ans : fr.wikipedia.org

Censure : garandel.e-monsite.com

Sigmund Freud : "What’s on a man’s mind…": priceminister.com

Auteur non identifié ; serait-ce Octavio Ocampo ?

Bismarck : born-today.com